Mon père, André Petrovich Griniev avait servi dans sa jeunesse sous les ordres du comte Minikh.Il prit sa retraite avec le grade de premier major en 1762 et s’installa dans sa propriété de Simbirsk. C’est là qu’il épousa Avdotia Vassilievna, fille d’un gentilhomme pauvre des environs.
A cette époque nous ne recevions pas l’éducation d’aujourd’hui. Dès l’âge de cinq ans, je fus confié au piqueur*Savélitch.. Grâce à lui, à douze ans, je savais lire, écrire le russe et je pouvais juger aussi des qualités d’un lévrier* de chasse.
C’est alors que mon père engagea à mon intention un Français, M. Beaupré qu’on fit venir de Moscou…Son arrivée déplut beaucoup à Salévitch.
« Dieu merci, disait-il en bougonnant, il me semble que cet enfant est bien lavé, bien peigné et bien nourri ! Quel besoin de gaspiller de l’argent en engageant ce « Môssieu » comme s’il n’y avait pas assez de domestiques dans la maison ! »
Coiffeur en France, soldat en Prusse, Beaupré était venu en Russie pour être outchitel* (sans bien savoir ce que cela signifiait). Brave garçon mais étourdi et frivole et il était assez porté sur la bouteille.
Notre entente fut bientôt complète. Il s’était engagé à m’enseigner le français, l’allemand, les sciences. Il préféra cependant que je lui apprenne au plus vite à bredouiller quelques mots de russe. Après quoi chacun s’occupa de ses petites affaires.
Nous vivions en bon accord. Je ne désirais pas d’autre précepteur*. Mais le destin nous sépara bientôt et voici dans quelle occasion.
Quelqu’un raconta en riant à ma mère que Beaupré s’enivrait constamment. Ma mère n’aimait pas plaisanter sur ce chapitre. Elle se plaignit à son tour à mon père qui, en homme expéditif, manda* aussitôt cette « canaille de français ». On lui répondit qu’il me donnait une leçon. Mon père vint dans ma chambre.
Beaupré dormait en toute innocence. Quant à moi, j’étais plongé dans mes occupations. Il faut dire qu’on m’avait fait venir de Moscou une superbe carte de géographie. Elle pendait au mur, inutilisée, mais, depuis longtemps, j’avais été séduit par ses dimensions et la qualité de son papier. J’avais décidé d’en faire un cerf-volant et, profitant du sommeil de Beaupré, je m’étais mis au travail. Mon père entra juste au moment où j’essayais de fixer une queue de filasse au Cap de Bonne-Espérance*.
A la vue de mes travaux pratiques de géographie, mon père me tira les oreilles, puis il s’approcha de Beaupré, le réveilla sans ménagement et l’accabla de reproches. Beaupré, ahuri, aurait voulu se lever, mais il ne le pouvait pas : le malheureux français était ivre-mort.
Mon père le souleva du lit par le col de sa veste, le poussa dehors et le congédia le jour même, pour la plus grande joie de Salévitch
A. S. Pouchkine, La fille du capitaine
*« piqueur » : domestique chargé de la surveillance des écuries
*lévrier : race de chien
*précepteur : professeur particulier
* outchitel : terme russe désignant un précepteur
*manda : convoqua
* Cap de Bonne-Espérance : il s’agit bien sûr de la partie de la carte sur laquelle est situé ce lieu.
1) a-Dans quel pays se déroule cette histoire ?
b-L’histoire se déroule-t-elle à notre époque ? Relevez un indice qui le montre.
2) Le narrateur est-il l’auteur ? Justifiez votre réponse par au moins une raison.
3) a- Qui est le personnage principal ?
b- Qui sont les personnages secondaires ? Indiquez leur rôle dans la famille
Vous écrirez vos réponses dans le tableau ci-dessous
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Noms |
Rôle dans la famille |
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Personnages secondaires |
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4) Selon vous, donc, cette histoire
a- Vous parait réelle ?
b- Donne l’illusion du réel ?
c- Est fantastique ?
5) Parmi ces caractéristiques, quelles sont celles qui s’appliquent à M Beaupré, au narrateur, au père du narrateur, à Salévitch ?
Sévère - volage - paresseux - jaloux - ivrogne - malhonnête - incompétent - insouciant
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M. Beaupré |
Le narrateur |
Le père |
Salévitch |
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6) Délimitez les étapes du récit. Vous placerez dans la dernière colonne (contenu), dans la case qui convient les informations suivantes, données dans le désordre.
La dénonciation - Présentation des personnages, du temps, du lieu - Renvoi brutal de M. Beaupré - L’arrivée de M Beaupré - La colère du père - Un accord malhonnête entre l’élève et le « professeur » - Le cours : distraction pour l’élève, repos pour le « professeur »
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Etapes du récit |
Ligne…à…. |
Contenu |
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Situation initiale |
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Eléments modificateur |
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Péripétie1 |
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Péripétie 2 |
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Péripétie 3 |
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Péripétie 4 |
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Situation finale |
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7) a- « Coiffeur en France, soldat en Prusse, Beaupré était venu en Russie pour être outchitel »Cette phrase exprime-t-elle un retour en arrière, une ellipse ou une anticipation ?
b- Relevez dans le 1er paragraphe une ellipse.
8) « Quelqu’un raconta en riant à ma mère que Beaupré s’enivrait constamment » Transformez ce discours rapporté indirect en discours rapporté direct.
9) Indiquez le temps des verbes suivants :
- « Nous vivions »
- « Beaupré était venu »
- « Mon père le souleva »
10) « il ne le pouvait pas : le malheureux français était ivre-mort. »
a- La proposition soulignée exprime-t-elle un rapport de temps, de conséquence, de condition, de cause ?
b- Reliez les deux phrases en une seule en remplaçant les deux points (:) par l’articulateur qui convient.
M. Beaupré rentre chez lui et raconte à un ami ce qu’il a vécu chez la famille du narrateur
Tu rédigeras un texte d’une dizaine de lignes qui doit comprendre
Une situation initiale Beaupré raconte la vie qu’il menait chez le narrateur
Un élément modificateur qui rappelle l’entrée du père
Une péripétie qui décrit le traitement qui lui a été infligé
Une situation finale qui résume ce qu’il est devenu
Le texte sera, bien sûr à la première personne du singulier (je)., la troisième personne (il)sera employée pour désigner les autres (le père, l’enfant…), la deuxième personne (tu)pour désigner son ami.
Tu emploieras le passé composé pour les actions de premier plan, surtout dans l’ élément perturbateur et la péripétie.
L’imparfait pour les actions de second plan (pour évoquer par exemple la vie qu’il menait avec l’accord de son élève)
L e plus-que-parfait dans les retours en arrière.
Ton texte doit contenir :
- Un retour en arrière
- Une ellipse
-au moins
- Une phrase renfermant un rapport de cause
- Une phrase exprimant un rapport de conséquence
- Une phrase exprimant un rapport d’opposition
1) a- En Russie (0,25pt)
b- L’histoire s’est déroulée dans un passé lointain (Au 18ème siècle) ; l’indice est : 1762 (0,5pt)
2) Non, le narrateur n’est pas l’auteur
La raison : l’auteur s’appelle Pouchkine, le narrateur est le fils d’A.P. Griniev (0,5pt)
3) a- C’est le narrateur (0,25pt)
b- (3pts)
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Personnage principal |
Noms |
Rôle dans la famille |
|---|---|---|
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Personnages secondaires |
André Pétrvitch Griniev |
Le père du narrateur |
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Avdotia Vassilievna |
La mère du narrateur |
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Salévitch |
« piqueur » ancien éducateur du narrateur |
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M. Beaupré
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Précepteur du narrateur |
4) Réponse (b) ( 0,5pt)
5)
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M. Beaupré |
Le narrateur |
Le père |
Salévitch |
|---|---|---|---|
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Volage, paresseux, ivrogne, malhonnête |
Paresseux insouciant |
sévère |
jaloux |
6)
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Etapes du récit |
Ligne…à…. |
Contenu |
|---|---|---|
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Situation initiale |
1à 6 |
Présentation des personnages, du temps et du lieu de l’action. |
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Eléments modificateur |
7 à 11 |
L’arrivée de M. Beaupré |
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Péripétie1 |
12 à 16 |
Un accord malhonnête entre l’élève et le « professeur » |
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Péripétie 2 |
17 à 21 |
La dénonciation |
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Péripétie 3 |
22à 26 |
Le cours : distraction pour l’élève , repos pour le « professeur » |
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Péripétie 4 |
27 à 29 |
La colère du père |
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Situation finale |
30-31 |
Renvoi brutal de M. Beaupré |
7) a- Un retour en arrière (0,5pt)
b- « Grâce à lui, à douze ans, je savais lire et écrire le russe » (0,5pt)
8) Quelqu’un raconta à ma mère en riant : « Beaupré s’enivre constamment » (1pt)
9)
- « Nous vivions »………. imparfait (0,25pt)
- « Beaupré était venu »……… plus-que-parfait (0,25pt)
- « Mon père le souleva »…….. passé simple (0,25pt)
10) a- Rapport de cause (0,25pt)
b- « Il ne pouvait pas parce que le malheureux français était ivre-mort » (1pt)
Comme j’étais heureux chez les Griniev ! J’étais payé pour ne rien faire. J’avais été recruté comme précepteur de leur gamin. Je devais lui apprendre le français parce que notre langue est très prisée en Russie, et aussi les sciences mais je ne connaissais rien à cela. Moi, j’étais coiffeur, pas professeur ! Comme leur gamin était aussi paresseux que moi, on s’est mis d’accord, lui et moi, pour ne pas travailler. Lui passait son temps à faire des découpages, à s’amuser, à bavarder parfois avec moi quand je n’étais pas ivre (tu connais mon penchant pour la bouteille) et moi je buvais puis je dormais.
Un jour j’avais tellement bu que j’ai sombré dans un sommeil profond et que je n’ai pas entendu arriver M. Griniev. Quelqu’un nous avait dénoncés auprès de sa femme. Quand il est rentré dans la chambre et qu’il a vu son fils qui fabriquait un cerf-volant avec une carte de géographie, et moi qui ronflais dans le lit, il est devenu furieux. Il a tiré les oreilles à son fils .Il a ensuite foncé vers moi et m’a ordonné de quitter la maison .Mais, j’étais tellement ivre que je n’ai pas pu bouger. Alors, il m’a soulevé par le col de la veste et m’a jeté dehors.
Le lendemain, j’étais de retour à Moscou où la vie était moins facile, avant de revenir en France.




